18 août 2017

Noces de crime – Dorothy Sayers

J'écris ce billet avec émotion car Noces de crime sera probablement notre dernier Lord Peter lu avec Cecci. Pour la simple et bonne raison que nous avons lu tous les romans de cette série parus en français, à l'exception de Gaudy night (qui est un peu spécial, j'espère en parler plus tard) et des neuf tailleurs, introuvable, et c'est bien dommage ! C'est peu dire que cette série nous aura charmés !
Cela faisait six ans que Lord Peter demandait Harriet Vane en mariage, elle a fini par accepter. L'hilarant prologue du roman (prothalamion, pardon), raconte le mariage à travers les points de vue croisés d'une série de personnages récurrents : l'horrible Helen, belle-sœur de Peter, l'incroyable duchesse douairière de Denver (maman de Peter) et Mervyn Bunter lui-même écrivant à sa vieille maman à lui. Bref, Peter et Harriet se marient et s'enfuient loin des journalistes dans le beau cottage Tudor qu'ils ont acquis à la campagne dans des circonstances rocambolesques. Le début du roman tient alors de la pure comédie de moeurs, avec le couple marié arrivant dans la maison où rien n'est prêt dans leur superbe Daimler, sur le siège arrière de laquelle reposent, dans un édredon, deux douzaines et demi de bouteilles de vieux porto de sa Seigneurie (ils n'en boiront pas, vous verrez bien pourquoi). On comprend vite que l'absence d'un des personnages locaux est louche, mais il faut bien cinq ou six chapitres pour que, enfin, le corps soit découvert. Et Lord Peter soupire: il va falloir chercher des traces, croiser des alibis, considérer les heures, tout ça en plein voyage de noces. L'enquête s'ajoute à la comédie amoureuse, dans laquelle des éléments plus graves viennent se glisser. Alors que les personnages de cette intrigue campagnarde se révèlent peu à peu, le ton du roman change, jusqu'à des scènes d'une grande cruauté (psychologique), mettant en scène, une nouvelle fois, un de ces personnages de femme que Dorothy Sayers sait si bien dépeindre, une vieille fille triste et solitaire telle que la société de l'époque pouvait engendrer, le tout jusqu'à la résolution finale de l'énigme, très élégante, saupoudrée de méta-réflexions sur le roman policier. La scène de la résolution et de l'explication finale est un attendu de tout roman à énigmes et toujours difficile à mener. Ici, elle est littérairement brillante, menée par une Dorothy Sayers au sommet de son art.

Cette dizaine de romans de Dorothy Sayers mettant en scène Lord Peter Wimsey forment une œuvre étonnante. A la fois pure distraction (ce sont des whodunnit, et parfois howdunnit), chronique sociale juste, drôle et cruelle et méta-écriture sur le roman policier. Les romans sont bien sûr inégaux, mais plusieurs d'entre eux sont excellents, et les tours de force littéraires y sont nombreux. 

Peut-être aussi ces romans me touchent ils particulièrement parce qu'ils sont traversés par le rêve, sous la forme de Peter Wimsey, l'aristocrate idéal, merveilleusement éduqué, lettré, riche sans mesure, dont la fortune dépensée avec charme a soulagé l'auteure dans ses périodes de vaches maigres. Un être fée qui se révèle quasiment tel quel lors de l'épilogue de ce dernier roman quand enfin il emmène Harriet Vane (le double explicite de l'auteure) dans le château de conte de fées de Duke's Denver.
Il y a là, dans ce doux usage de la littérature par l'auteure et le lecteur, quelque chose qui me bouleverse.




17 août 2017

Les hors la loi de l'Atlantique – Marcus Rediker

Dans cet essai, l'historien américain Marius Rediker s'intéresse à la société atlantique, du 17ème au 19ème siècles. Une société de marins, d'esclaves soumis ou révoltés, de pirates. Partisan d'une histoire par en bas, Rediker structure son livre à partir d'une demi douzaine de récits, chacun consacré à un aspect particulier du monde atlantique: l'incroyable témoignage écrit (et illustré !) du "pauvre marin" Edward Barlow, le récit de Henry Pittman qui a très fortement inspiré celui de Robinson Crusoé (avec des différences intéressantes : Pittman n'est jamais seul, Crusoé l'est tout de temps – qu'a voulu nous signifier Defoe par ce point ?). Un chapitre passionnant est consacré aux sociétés de pirates, à leurs lois, leurs valeurs et leurs codes, qui m'a fait comprendre un peu ce monde de révolte, de vengeance et de justice. Un autre chapitre est consacré au rôle des marins dans la révolution américaine (à l'influence des idées venues de la mer – et à leur recul), un autre encore parle des révoltes d'esclaves à bord des navires négriers (comment les réussir, comment les éviter, commet les mater) et un dernier à la passionnante affaire de l'Amistad, ce "navire de pirates noirs" et à l'incroyable récupération médiatique à laquelle il a donné lieu des les jours mêmes qui ont suivi sa découverte, en 1839.
Le livre est une collection d'articles, rassemblés et révisés, et n'échappe pas aux défauts de ce genre d'ouvrage (on passe de l'analyse d'un témoignage individuel à une synthèse générale sur les évènements de la révolution américaine, par exemple). Ils sont tous intéressants à leur niveau et donnent envie de se tourner vers les sources. 
Rediker veut faire de l'histoire par en bas, donnant la voix aux simples marins, aux exécutants, aux esclaves et aux persécutés et il est tout à fait convaincant dans sa démarche. Une de ses thèses est que notre vision terra-centrée nous empêche de voir la société des marins, dont il fait la matrice à la fois du capitalisme contemporain (libre échange à tout crin basé sur le meilleur de la technologie de l'époque – le grand navire à voiles), du salariat, des luttes sociales, des utopies. Il montre l'importance des récits de marins dans la formation de l'imaginaire de leur temps. Les amateurs de voiliers et de pirates, dont je suis, se régaleront ! 

Un article de mediapart qui détaille bien mieux que moi le contenu et les idées du livre (je l'envoie volontiers aux non-abonnés) : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/260517/quand-l-histoire-prend-le-large?onglet=full

04 août 2017

Fantastic Mr Fox au Lyric Hammersmith

Lors d'un séjour à Londres, nous sommes allés voir notre première comédie musicale. Bien sûr, nous sommes relativement familiers du genre via le cinéma, mais nous n'avions jamais eu l'occasion d'en voir sur scène. C'est chose faite.



Notre choix s'est porté sur Fantastic Mr Fox, parce que nous sortions avec les enfants, qu'elles connaissaient l'histoire et que ça ne se jouait pas très loin du lieu où nous logions. Je me permets de rappeler l'histoire, pour ceux de mes lecteurs qui ne font pas partie des fans de l'immense Roald Dahl : trois gros fermiers picoleurs, sales et vulgaires élèvent des poules et des canards. Mr Fox défie régulièrement leurs défenses et vole chez eux de quoi nourrir sa famille. Mais un jour, les fermiers lui tendent un piège, repèrent sa cachette et attaquent la colline à la pelleteuse. Il n'y a plus qu'une seule solution pour les animaux traqués, "Dig for your life !", jusqu'à une fin bizarre et heureuse comme seule pouvait la concevoir le Willy Wonka des livres pour enfants.




J'avais bien sûr en tête la très curieuse adaptation de l'histoire par Wes Anderson. On est ici dans une version bien plus fidèle au récit d'origine, malgré quelques créations de personnages et ajouts narratifs amusants. La comédie musicale de ce type est un équivalent pour le spectacle vivant du film hollywoodien pour le cinéma en général. Plein de pognon, des acteurs énergiques qui savent tout faire (jouer, chanter, danser) et des décors énormes et compliqués. Certes, c'est très formaté (narration très codifiée, dialogues avec blagues pour les adultes, personnages de faire-valoir un peu absurdes, etc.), mais quand c'est bien fait, ça donne un spectacle très agréable, ce qui a été le cas pour nous. On a admiré la pêche des acteurs, profité de la musique live sur scène, rigolé aux costumes et aux scènes d'actions burlesques et profité de chansons plutôt bien écrites. Détail rigolo, le spectacle adopte tous les codes du film de casse, ce qui dynamise bien la narration.



Le scénario, bien fait, fait de Fox un trentenaire qui se remet en questions (un peu comme chez Wes Anderson, en moins approfondi), les personnages de sa famille sont très bien posés. Et les adaptateurs se sont créés deux moments de grâce, un dans chaque acte. Dans le premier, la scène du "casse raté" complètement délirante. Et dans le second, la scène dansée et chantée où les fermiers essaient de se transformer en renard, qui emmène le spectacle dans une direction surprenante.

Et le Lyric est une jolie salle, au personnel charmant.
Bref, une belle sortie londonienne.




03 août 2017

Dunkerque – Christopher Nolan

Chaque été, c'est la même chose : les enfants étant en vacances, les parents se souviennent qu'il existe une distraction de masse qui s'appelle "cinéma", un peu comme de regarder un film à la maison, sauf que ça coûte plus cher, que l'image et le son sont meilleurs et qu'on ne peut pas mettre sur pause.
Donc nous sommes allés voir Dunkerque, un film d'été rafraîchissant vu que ses personnages passent une bonne partie de leur temps à faire du bateau ou bien à nager dans une mer pas trop trop chaude malgré le mois de juin. Ce n'était pas mal.



Les gens intéressés par la narration (déformation personnelle) trouveront dans ce film de quoi réfléchir. Dunkerque, on le saura sans doute déjà en lisant cette chronique, raconte de manière très subjective les moments les plus forts de l'opération dynamo, qui a vu les Anglais tenter de ramener sur leur île une énorme armée coincée sur une bande de terrain le long de la mer du Nord. Le découpage se concentre sur un petit nombre de personnages et sur trois lignes ayant chacune un rythme temporel très différent. La manière dont ces lignes s'entrecroisent et se rejoignent offre une stimulation toute particulière au spectateur curieux. A travers un récit de survie, très simple (le personnage principal qui n'a pas de nom et à peine de dialogues, fait tout ce qu'il peut pour quitter cette maudite plage et rejoindre l'Angleterre), on plonge en immersion (parfois forcée) dans un monde de machines, d'explosions, de foules en attente, de casques, de vagues, de mitraillages. Violent, affreux et curieusement contemplatif, avec une musique obsédante et réussie de Hans Zimmer.



Il y a par ailleurs en moi un petit garçon qui aime regarder voler des Supermarine Spitfire. Il a été servi. Par ce fait, et par les ambiances presque surréalistes qui le traversent, Dunkerque a rejoint par moment l'atmosphère étrange de certains romans de Christopher Priest, dont on connaît les obsessions pour la seconde guerre mondiale et les appareils volants. Tout ça nous a bien plu.





15 juin 2017

Allmen et le diamant rose - Martin Suter

De Martin Suter, j'avais lu il y a quelques années le très bon Small world, roman-thriller sur la maladie d'Alzheimer. Je découvre que Suter s'est créé un héros récurrent, Allmen ("All men" ?), dandy très Vieille Europe installé à Zürich, menant des enquêtes dans le beau monde pour retrouver des objets précieux disparus. Dans cette histoire, notre héros part à la recherche d'un informaticien russe supposé avoir volé un fameux "diamant rose". L'enquête se fera dans la région de Zürich, à Londres ou dans un hôtel de luxe au bord de la Baltique. L'histoire est amusante, courte avec quelques rebondissements amusants, mais elle vaut surtout pour ses personnages: Johann Friedrich von Allmen, sorte de Lord Peter tombé dans la dèche mais refusant de renoncer à son style de vie, Carlos sont valet guatémaltèque immigré clandestin, plus les différents espions, amis, relations de ceux-ci.
Ce roman-ci est moins ambitieux que Small world, mais comme dans ce dernier la peinture de la Suisse moderne est plutôt bien vue. Si je tombe sur un autre volume de la série, je le lirai avec plaisir. Ce Martin Suter est un malin.

13 juin 2017

Compte-rendu du "Rejeton d'Azathoth" – Partie 1

Thro’ the ghoul-guarded gateways of slumber, 
Past the wan-moon’d abysses of night,
I have liv’d o’er my lives without number,
I have sounded all things with my sight;
And I struggle and shriek ere the daybreak, being driven to madness with fright.
(Nemesis, H.P. Lovecraft)

Suite à mon billet du mois de mars sur « comment faire jouer le rejeton d'Azathoth », voici un petit compte-rendu de partie. Si les vieilles histoires de rôlistes racontant leurs aventures au coin du feu ne vous intéressent pas, vous pouvez passer ce billet et aller lire une nouvelle fois des articles sur les résultats des législatives. Ah oui, et il y aura des spoilers : si vous avez l’intention de jouer cette campagne, retournez sur lefigaro.fr, vous y serez moins exposés aux radiations.

Il fallait donc lier les personnages au professeur Baxter. Laissez-moi vous présenter mademoiselle Olga Filipovna Passelova Baxter, jeune héritière de moins de vingt-cinq ans, engagée politiquement (sympathisante socialiste), ayant quitté la Sainte Russie pour rejoindre son père car la police tsariste s’intéresse un peu trop à elle et à ses amis. Et, avec elle, Mr Abraham J. Munroe, PhD en archéologie (Arkham University, folklore et géographie), qui se prépare une carrière à la Brown University et qui est parrainé pour cela pour le professeur Baxter, un homme respectable, certes, mais dont les travaux un peu datés attirent les moqueries de certains collègues.
Avec eux, on trouvera aussi mademoiselle Adèle Bergier, dame de compagnie anglo-suisse, originaire du canton de Neuchâtel, et Volodia, serviteur fidèle doté d’une longue barbe, d’une tunique de moujik et d’un fusil.

Avant propos : New York
Le Pr. Baxter aimerait que sa fille juge des qualités du jeune Monroe pour bénéficier d’une bourse du fond Passelov-Baxter. Monroe est donc chargé d’aller accueillir Olga à l’arrivée du paquebot venant de France. Olga pourra ainsi assister à une conférence de Monroe. Une nuit, Olga est réveillée en sursaut par la visite d’un spectre… Son propre père. Un coup de téléphone à Providence depuis le lobby de l’hôtel de luxe où elle est descendue lui apprend que son père (qu’elle n’avait pas encore retrouvé) est décédé.

Providence
La mort d’un professeur d’université est bien sûr une affaire un peu solennelle. Mais enfin, il s’agit simplement d’un accident cardiaque, pas de quoi en faire un plat… Jusqu’à l’arrivée de l’héritière russe, et riche, du défunt. Qui, après avoir sympathisé avec la vieille Angela, décide de donner des funérailles dignes à son père. Le corps est rapatrié depuis l’établissement de pompes funèbres et établi dans une chapelle ardente orthodoxe dans la maison. Une journée de mémoire en l’honneur des travaux du défunt est organisée à l’université, et Monroe se retrouve à devoir babysitter et canaliser l’éruptive héritière. 
A l’époque, personne ne soupçonne rien quant à la cause du décès, le corps n’est pas réellement examiné, il est juste embaumé avec soin et disposé dans une chambre de la maison. L’enterrement a lieu,  en présence unique d’Emmett Baxter dont la femme déteste la Russe folle qui vient tout bouleverser. Monroe et Olga commencent à parcourir le fouillis de papiers du professeur, mais sans guide il est difficile de s’y retrouver… Et où sont Cynthia et Colin ? Et pourquoi Dmitri Passelov ne revient-il pas du Montana ?
Le jour de l’enterrement, Angela ne se réveille pas. Volodia grogne qu’il y a vraiment trop d’araignées dans cette maison… L’enquête menée avec l’aide de spécialistes finit par identifier une morsure d’araignée ! Volodia plâtre les fissures dans les boiseries de la vieille maison et explore et fouille. Un combat épique dans le grenier, et on vient à bout du monstre qui s’y cachait, dont on comprend bien vite qu’il a été envoyé depuis les îles Andaman…La bête ayant été capturée vivante (un spécimen anormal de mygale géante indienne) est envoyée au vivarium de l'université.


Pendant ce temps, Julian Baxter, frère du défunt et clergyman angoissé, finit par avouer avoir depuis des années fourni des narcotiques à son frère.
A la lecture du testament, Olga et Emmett se voient remettre le carnet de rêves de leur père et la carte. Le carnet de rêve fait écho avec un souvenir d’enfance d’Olga où elle se souvient avoir joué avec ses frères et soeurs dans le jardin du sphinx, quelque part en Europe ? Emmett s’en souvient vaguement, mais ça devait être ailleurs, vu qu’il n’a jamais quitté les Etats-Unis…
La journée universitaire en mémoire du professeur Baxter voir l’intervention pondérée de quelques personnalités qui restituent l’homme et son travail, mais aussi une belle intervention de Monroe pondue à la hâte (qui montre à Olga combien l’homme – dont elle persiste à considérer la collaboration comme acquise – est un scientifique sérieux). En conclusion, le professeur Wilson livre une conférence étrange sur un thème liant l’astronomie et l’araignée mythique Atlach-Nata et révélant que les étoiles sont animées d’un esprit… Les beaux esprits sourient devant ce quasi-suicide universitaire en direct. Enfin, peut-être que tout cela sera oublié dans quelques semaines quand l'émotion sera retombée.
Heureusement, Angela reprend conscience, mais un soupçon émerge chez Olga : son père était-il vraiment mort quand le docteur Walters a signifié le permis d’inhumer ?
Peu de temps après, Wilson disparaît en voyage vers la Russie, confiant à Monroe, avec une hésitation, la curation des archives Baxter. Le professeur Brandt, de l’université Brown en profite pour charger Monroe de faire tous les caprices de l’héritière afin d’assurer dans le futur le financement de sa chaire par le fond financier russe…
Olga, qui a justement pu inspecter les comptes du fond Baxter Passelov, dont elle est devenue, par héritage, la responsable, constate que des sommes importantes ont été engagées pour construire un observatoire dans le Montana… Ou pour acheter un bateau en Floride !
Il est temps de clarifier ou de comprendre. Passelov a envoyé un mystérieux télégramme depuis le Montana, parlant d’une "découverte fantastique »… Nos héros s’embarquent donc pour un long voyage au cœur du continent américain.

12 juin 2017

Mieux vaut en rire – Roald Dahl

Je suis tombé dans une brocante sur cette collection de nouvelles pour adultes de Roald Dahl (dont la présence chez Gallimard jeunesse me laisse un peu sceptique). Ce sont douze histoires amusantes et grinçantes où s'exprime tout l'humour noir du fameux auteur pour enfants, écrites pour la plupart avant ses plus grand succès. Dans le premier récit (la grande grammatisatrice automatique), un programmeur informatique (on ne disait pas comme ça, à l'époque, mais la description est bien sentie) invente un programme pour écrire des nouvelles à proposer aux magazines – je suppose que le lien avec la situation professionnelle de Dahl à l'époque n'est pas fortuit – et les développements et la chute sont très rigolos. Dans d'autres récits, on rencontrera un faux clergyman collectionneur de meubles anciens, un magnat de la presse amateur d'art contemporain, un voleur de parapluies, deux gars fauchés montant une entreprise de vengeance à domicile et une très inquiétante logeuse (il me semble d'ailleurs avoir déjà entendu parler de ce récit, la logeuse, dont l'écriture toute en concision et sous-entendu est tout à fait remarquable). Ce sont quasiment toutes des nouvelles à chute, écrites avec une concision acérée, un humour cruel et ce sens très particulier de la moralité présent dans les récits pour enfants comme Charlie et la chocolaterie ou Sacrées sorcières. Si ces textes sont tous réussis à leur façon et montrent une autre facette du travail d'un auteur brillant, on me permettra de préférer ses oeuvres pour la jeunesse. Car dans cette dernière se déploient à la fois l'humour noir mais aussi une forme de fantaisie joyeuse et subversive capable de renverser les murs. Willy Wonka rulez !