04 décembre 2017

Moi, Boy – Roald Dahl

L'autobiographie d'un enfant : à l'intention de ses jeunes lecteurs, Roald Dahl raconte dans ce génial petit livre certains de ses souvenirs d'enfance les plus forts. Depuis son histoire familiale (immigrants norvégiens venus dans le pays de Galles), en passant par ses débuts à l'école, ses relations mouvementées avec la dame de la confiserie, les professeurs battant les élèves à coup de canne, les vacances magiques en Norvège, les cruauté des pensionnats anglais... jusqu'à ses débuts professionnels comme homme d'affaires pour la Shell dans les années 30.
Ce livre est un vrai livre de Roald Dahl : le lecteur se sent complice du héros du récit, les scènes cruelles et les méchants y sont nombreux et l'enfant courageux traverse plus ou moins indemne les épreuves les plus absurdes. Il est aussi un plaidoyer très virulent contre les violences injustes faites aux enfants. Les coups reçus ont marqué la mémoire de Roald Dahl, comme l'ont marqué aussi les bontés gratuites et l'amour incroyable et fidèle de sa mère et de sa famille.
D'un point de vue littéraire, on s'apercevra aussi que certaines des créations imaginaires les plus marquantes de l'auteur ont des sources profondes, que ce soient les sorcières-confiseuses de Sacrées Sorcières, l'horrible Mlle Legourdin de Matilda, et la chocolaterie en folie de Charlie... 
Moi, Boy est un très beau livre, le récit d'un enfant à l'attention d'autres enfants.
A conseiller à partir de dix ans.

02 décembre 2017

L'étoffe des héros – Tom Wolfe

Voilà la preuve qu'il y a encore en moi le petit garçon et l'adolescent qui lisait avec passion les aventures de Buck Danny, qui montait des maquettes d'avion et qui a fait des études d'aéronautique avant de changer complètement de voie. Cette jeune personne était capable de se figurer mentalement la silhouette du Bell-X1 ou du X15, d'un F86, d'un F100 ou de tout un tas de machins supersoniques absolument formidables et savait tout à fait décrire les affres d'un appontage de nuit en pleine tempête.
Je craignais de lire, avec l'étoffe des héros, un bouquin teinté de reaganisme et de néo-héroïsme viril américain. J'avais tort : ce livre, qui se parle essentiellement des Mercury seven, les sept premiers astronautes américains, pionniers de l'exploration spatiale dans ce pays, s'intéresse à l'histoire et à la psychologie de ces hommes particuliers, pilotes de guerre, as de la chasse, pilotes d'essai, membres d'une confrérie imaginée, compétiteurs permanents en même temps que frères de combat et d'aventure. Tout en égrenant les moments d'une histoire incroyable (entre le franchissement du mur du son par Chuck Yeager et la fin du programme Mercury durant les années 60), pleine d'avions, de fusées, d'aventures et de suspense, le livre s'intéresse aux familles, aux épouses, aux politiciens, aux ingénieurs, aux médecins, au rapport à l'argent, au rythme cardiaque de ces gens-là. C'est écrit dans un style journalistique, à la fois familier, proche et précis, sans concessions (j'imagine que certains partis pris de l'auteur n'ont pas dû plaire), de manière toujours imagée et souvent très drôle. Le centre du propos du livre est bien sûr cette notion d'étoffe, celle qu'on a ou qu'on n'a plus, celle que possède un homme pris dans un NF104 au moteur arrêté chutant depuis 40 000 mètres d'altitude comme un vieux tuyau et qui parviendra à s'en sortir.
Je m'étais dit: j'en lis cinquante pages et je vois si ça me plaît. Les centaines de pages ont défilé en vitesse. Je suis maintenant curieux de voir le film ! (est-ce qu'on y voit voler un X15 ?)





01 décembre 2017

Fanfan la tulipe – Christian-Jaque



Il était une fois un pays charmant qui s'appelait la France. Regardez-la par le petit bout de la lorgnette, c'est elle en plein xviiie siècle. Alors on vivait heureux, les femmes étaient faciles et les hommes se livraient à leur plaisir favori : la guerre — le seul divertissement des rois où les peuples aient leur part.

Un autre film du dimanche, et un plongeon plus loin dans le passé. Noir et blanc, années 50, Gérard Philipe et Gina Lollobridgida. 



Fanfan est un jeune homme bien fait de sa personne, qui a peu de fortune, beaucoup d'audace, une forme d'inconscience et un paquet de chance. Pour échapper au mariage avec la fille d'un fermier, il s'engage dans l'armée, bien persuadé qu'il épousera la fille du roi. Bagarres, rencontres, coïncidences folles et combats sur le toit plus tard, il finira par rencontrer Louis XV et changer le cours d'une bataille.
Le film est rigolo, très enjoué, pas mal filmé du tout. Ca galope, ça ferraille, il y a des bons mots tout le temps: j'ai été surpris de découvrir à quel point c'était écrit.

Tu aimes Fanfan, dis-tu ? Remercie-moi donc : mon caprice t'offre l'occasion de lui donner la plus grande des preuves d'amour en trahissant pour le servir la fidélité que tu lui as juré.


Pour le reste, les enfants ont été troublés par le noir et blanc. Le son années 50 et la diction très "comédie française" des acteurs (par ailleurs très bons) rendent les dialogues parfois difficile à saisir. Et si on regarde le film d'un œil moderne, on sera choqué par le personnage féminin. Adeline La Franchise ne sert, par ses appâts, qu'à mouvoir tous les hommes du récit, et n'a par elle-même pas beaucoup d'initiatives...


J'suis pas pressé ! Dès l'instant que mon avenir est assuré, j'aurai la patience d'espérer dans la certitude.

Reste un film très joyeux, énergique et sautillant. Ca se regarde très bien.

30 novembre 2017

La forteresse cachée – Kurosawa



Japon, XVIème siècle (ou quelque chose comme ça). Deux pauvres types, Tahei et Matashichi, soldats d'une armée vaincue, tentent de rentrer chez eux. Mais le clan Akizuki a bien été vaincu, et le clan Yamana garde la frontière... Avec d'autant plus d'attention que ni la princesse des Akizuki, ni le trésor du clan (700 kilos d'or !), n'ont été retrouvés.
Et devinez sur qui et sur quoi nos deux zozos vont finir par tomber, cachés dans les montagnes ? 

Sur ce blog, on aime beaucoup le cinéma de Kurosawa. Et la Forteresse cachée fait sans doute partie de ses meilleurs films : une histoire d'aventures pleine de rebondissements où une équipe improbable (une princesse, un samouraï et les deux individus précités) tentent d'aller de A à B recherchés par tous les soldats de l'ennemi. Il y a des scènes de combat de sabre, Toshiro Mifune et son rire énorme, des moments de suspense, de la justice sociale, une princesse de seize ans en short (si, si) avec un caractère terrible, le tout servi par un cinéma de grands espaces et de grande classe et un récit qui passe du plus léger au plus fort. Kurosawa compose des images et des situations d'une incroyable beauté.
 Waow.




 Hito-no ichochi-wa hito moyase.
La vie de l'homme s'embrase dans les flammes






29 novembre 2017

Retour au Grand Budapest Hotel


Nous avions beaucoup aimé voir le Grand Budapest Hotel au cinéma, et nous avons eu l'idée curieuse de le montrer à Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans). Est-ce un film adapté pour les enfants ? Oui, non, pas vraiment, mais en fait c'est très bien passé tant la fantaisie et l'univers de Wes Anderson peut à la fois faire rire et effrayer. Les turpitudes sexuelles de M. Gustave sont globalement sous-entendues. Zéro est un très beau personnage et on histoire d'amour avec Agatha est enchanteresse. Bien sûr, nous avons pris un petit peu de temps pour expliquer aux jeunes spectatrices le contexte du film : l'Europe d'avant, celle de Stefan Zweig. Mais finalement, pour elles qui vivent en Suisse, le décor n'avait rien de très surprenant...



Seule scène choquante (accrochez-vous à vos fauteuils), le moment où l'horrible Jopling jette le chat de l'avoué Kovacs par la fenêtre. Les spectatrices ont hurlé d'horreur. Pour le reste, les doigts coupés, les massacres à la petite cuillère aiguisée et les nazis, c'est passé sans cauchemars. Et la musique du film a joué dans la maison pendant plusieurs jours après le visionnage.
(et oui, j'aime toujours autant le film. Pour moi, il pourrait durer à l'infini, je ne m'en lasserais pas)






 

27 novembre 2017

Le baron perché - Italo Calvino

Un beau jour du XVIIIème siècle, le jeune Côme Laverse du Rondeau, fils du baron d'Ombreuse, refusa de manger les escargots qu'on lui servit au dîner. Et, pour marquer sa protestation, il monta dans un arbre voisin et refusa d'en descendre jamais.
C'est de ce postulat curieux, improbable et merveilleux que part le baron perché, chef d’œuvre d'Italo Calvino. Je l'avais lu adolescent et en avais gardé des souvenirs indécis, je n'avais pas trop aimé, pas trop compris. Il vaut mieux redécouvrir certains livres: le baron perché est une merveilleuse fantaisie, un conte philosophique, un récit d'aventures... Ses chapitres suivent la vie de Côme dans les arbres, de sa jeunesse exploratrice à ses luttes contre les brigands et les incendiaires, jusqu'à ses engagements politiques. Ayant introduit dans le récit un point de départ presque absurde, Calvino le tient avec le plus grand sérieux tout le long du livre et nous enchante des aventures de son héros portant un des plus beaux prénoms du monde : duels, franc-maçonnerie, actions politiques, histoire d'amour passionnée avec l'insupportable Violette... Le baron perché est un livre léger et grave à la fois, plein de grâce. Un enchantement pour le lecteur, une merveille, un de ces livres qui nous aide à traverser le monde tel qu'il va, déployant sur nous les doux feuillages des yeuses de sa baronnie imaginaire.

23 novembre 2017

few of us - luvan

Voici une quinzaine de textes de luvan, autrice qui ne traîne pas trop sur les sentiers battus. few of us a paru chez dystopia et forme donc un très joli livre à la couverture sanglante, serré et dense dans son texte comme dans son apparence. On le trimballe dans sa poche comme un bijou.
Cette quinzaine de récits relèvent plutôt de la science-fiction : bunkers post-apo, communautés d'après la montée des eaux, apparitions de forme biologiques bizarres, fusées partant vers l'ailleurs, soldats de guerres perdues, astéroïdes à la dérive. On lorgne fort vers le post-exotisme. Ca ne se suit pas, ce n'est pas vraiment cohérent, sinon par l'esthétique: déglingue, souvenirs, migrants, paumés. Parfois on aura une histoire, parfois un simple dialogue radio (très drôle), parfois une situation.
luvan nous sert des textes très serrés, avec tout un contexte, des personnages, des conflits, rassemblés dans quelques poignées de pages. L'écriture est poétique, riche en images & allusions. Quand ça marche sur moi (comme dans extraction, Mahrem, par exemple - il y en a d'autres), l'effet est très fort. Quand ça ne marche pas, je reste en dehors.  Je conseille le mélange aux amateurs de drogues littéraires fortement dosées et un peu râpeuses.

21 novembre 2017

Les petites victoires - Yvon Roy

Les jeunes parents sont heureux : un petit garçon leur est né, Olivier, un bébé qui fait toute leur joie. Jusqu'à ce qu'ils se rendent compte qu'à 18 mois il n'a pas prononcé un seul mot. Les examens sont formels, Olivier est autiste; son développement est gravement handicapé. Le couple se sépare dans la douleur.


Souvent, dans ce genre d'histoire, le père s'enfuit et laisse la mère assumer toute seule la charge de l'enfant. Mais dans cette histoire, ce n'est pas le cas. Malgré la séparation, les parents restent unis dans leur lutte contre la souffrance de leur fils. Et le père invente ses propres moyens et techniques pour aider son petit garçon. L’autisme est encore peu connu. Je me dis qu’en observant mon fils, j’en saurai plus que quiconque sur son autisme à lui. Le récit de son parcours est passionnant.
Les petites victoires est un beau livre, dessiné dans un style très réussi, qui parle autant de l'autisme et des manières d'y faire face que de questions que tous les parents se posent un jour sur l'éducation d'un enfant.

Enfin, et ce n'est la moindre qualité du livre, Rosa (10 ans) et Marguerite (9 ans) l'ont pris et lu avec passion, passionnées par cette histoire de relation parents-enfants dans laquelle elles ont peut-être retrouvé quelque chose de leur propre vie.


20 novembre 2017

Kif - Laurent Chalumeau

On a donc Georges Clounet, CRS tout juste retraité, qui n'a pas de chance avec son nom et qui arrive sur la côte d'Azur où il se retrouve propriétaire un peu malgré lui d'une boîte de nuit, le KIF. Il y a Hassan, qui traîne avec des néo-convertis islamistes qu'il impressionne en leur expliquant qu'il a été djihadiste (ce qui n'est pas faux, mais pas entièrement vrai non plus). Il y a un neveu de Ben Laden qui parle avec l'accent suisse, et aussi une cadre locale du FN qui a des ambitions. Ajoutez à cela un permis de construire pour une mosquée, un défilé de vêtements pour caniches, une poignée de bandits et un sac contenant un million d'euros en billets et 100 et vous avez un superbe scénario pour jouer à Fiasco, ambiance côte d'Azur.
Le plus étonnant, avec ce roman très rigolo, c'est que les situations absurdes et drôles qui se produisent sont toutes crédibles, à leur façon, et ne virent jamais dans le n'importe quoi. On finit par s'attacher à tous ces gens, avec leurs défauts et leur bêtise, leurs ambitions contrariées et leurs plans tordus. Cela tient aussi par le travail de la langue, argotique, déglinguée et drôle qui porte le tout et fait passer en douceur de catastrophe en catastrophe.


Livre lu sur le conseil de Pierre Jourde.

18 novembre 2017

King King théorie - Virginie Despentes

Un essai féministe et punk, vite lu, marrant et qui fait penser.
J'en retiens des considérations intéressantes sur le viol comme trauma indépassable (ou pas) et ce que disent vraiment les films de rape & revenge (en gros, du point de vue masculin, la femme est tellement souillée par le viol - sa virginité étant si précieuse - que seuls des flots de sang peuvent racheter ce crime). Le passage sur la prostitution, ses attraits et la difficulté d'en sortir est réussi également. Despentes se prostituait et publiait en même temps Baise moi (que j'avais acheté à sa sortie) exactement à l'époque où sortait mon premier roman. La mise en perspective de ma propre vie avec la sienne me laisse songeur.

16 novembre 2017

Le bossu – André Hunebelle


Un autre film du dimanche soir en famille : le Bossu, d'après Féval, avec Jeannot Marais et Bourvil. Evacuons ce qui fâche : Jean Marais ne joue pas très bien, l'ensemble est un peu raide et peu crédible, les duels font bling bling et les robes sont empesées, ça a vieilli. Par ailleurs (ce détail vient du roman) la pure jeune fille finit par épouser son père adoptif ce qui est un peu incestueux, non ? (C'est au moins un détournement de mineure par adulte ayant autorité...)
Mais il y a de beaux chevaux, des bagarres, ça sautille, ça cavale, le méchant est très perfide (et bien joué), il y a Bourvil qui tutoie le chevalier de Lagardère, et Jean Marais fait ses cascades tout seul, et qui est très bon quand il est déguisé en bossu (ce qui arrive un peu tard) cachant sa belle gueule sous un maquillage grimaçant. C'est moins enlevé, moins bouffon et moins beau que Cartouche, mais l'ensemble a du charme. Rosa et Marguerite ont bien aimé.




14 novembre 2017

Amahl et les visiteurs du soir – à l'opéra de Lausanne


Notre heureuse expérience de l'an dernier nous a donné envie de retenter le coup: aller voir un autre opéra pour enfants à l'opéra de Lausanne.
Amahl et les visiteurs du soir est un mystère de Noël de Gian Carlo Menotti, compositeur italo-américain du milieu du XXème siècle. Amahl est un jeune berger boiteux vivant dans le dénuement avec sa mère. Une nuit où l'enfant, rêveur, a vu passer une étoile dans le ciel, toquent à sa porte trois visiteurs venus d'Orient...
Le thème catéchétique pouvait laisser craindre, mais le livret est joliment tourné. A partir de cette adoration des mages, l'histoire parle surtout des relations d'un enfant pauvre et de sa mère, avec douceur et humour. On est loin de la causticité des zoocrates, mais les parents de tous âge pourront suivre le récit avec plaisir et curiosité. La partition a de beaux moments (le choeur des mages, la description de l'enfant) et la mise en scène met en valeur les moments comiques (les mages à la porte de la maison, très bilbo-esques) et les moments merveilleux.
Le plus grand plaisir de ce spectacle vient des voix : le très beau trio de basses des mages, la voix claire de Marie Mury dans le rôle d'Amahl et la très belle présence de Marina Viotti dans celui de la mère. Car au-delà du sujet biblique, c'est l'amour maternel avec ses douleurs et ses déchirements qui est au coeur de cette pièce.



Photos (c) Alan Humerose 

 

13 novembre 2017

Jusqu'à la bête – Timothée Demeillers

Ce n'est pas évident de donner envie de lire ce livre et c'est dommage. Essayons pourtant : Erwan travaillait dans un abattoir industriel dans la banlieue d'Angers. On sait très vite qu'il a fait quelque chose de grave puisque nous le rencontrons en prison, à ressasser sa vie d'avant pour tenter de comprendre. Et c'est dans ce ressassement, cette rumination ponctuée sans cesse des clac ! de l'usine que le livre nous fait plonger. L'usine, les carcasses suspendues, le sang, les mouvements répétés, les pauses, le parking de l'usine, clac, clac, clac, les mêmes collègues, les mêmes blagues, la vaches qui roulent des yeux fous, l'imam et le rabbin venus pour les abattages rituels, les clopes, les joints, le boulot à l'usine, en attendant la retraite.
Si la question de la violence faite aux bêtes et, en lien, la violence faite aux hommes, aux ouvriers et ouvrières, vous intéresse, si ce genre d'articles de Mediapart vous parle, lisez ce livre, une plongée douloureuse dans le monde de ce pauvre type, l'usine et tout ce qui tourne autour de l'usine, le HLM de l'enfance, la semaine de vacances annuelles en Vendée, la copine de l'été 2006, le super U, les soirées au bord de l'eau, la maladie, la vie en attendant la retraite, avoir juste deux ans, trois ans tranquilles, on ne demande rien de plus.
J'ai lu jusqu'à la bête cul sec, le livre est une plainte longue et forte, à l'écriture puissante. Ce que vous faites de cette lecture, de cet éclairage cru du monde, de ce texte qui dit avec la précision de la littérature des choses rarement dites, c'est à vous de voir.
Je me demande si l'impression qu'il provoque dure aussi longtemps que l'odeur de l'usine sur le corps d'Erwan.

Une réflexion en passant. Il me paraît évident à la lecture de ce livre que ce qu'il dit est vrai. Par la précision des termes utilisés, par la qualité de la langue, sa capacité à décrire ce que je connais (un HML, un supermarché, une relation humaine...) prouvant qu'elle décrit aussi bien ce que je ne connais pas (la prison et surtout l'usine).  Je n'ai pas cherché à sa voir qui était Timothée Demeillers ni comment il avait fait ce livre. J'ai peut-être eu tort, mais je ne crois pas. Pourquoi ?

(merci à l'ami Léo pour le conseil)

07 novembre 2017

L'île au trésor - Byron Haskin


Nous avons choisi ce film pour notre séance familiale du dimanche soir : production Disney des années 50, adaptation d'une histoire que nous apprécions tous (beaucoup). Le résultat est tout à fait réussi. Le film porte la marque de son époque, de son budget (relativement) réduit, mais la narration est à la fois fidèle à celle du roman, inventive, les personnages sont bien caractérisés et le récit construit une relation très forte et intéressante entre l'enfant (Jim Hawkins) et Long John Silver, très bien interprété, avec force roulements d'yeux et gros rires, par Robert Newton. Tout comme dans le roman de Stevenson, l'histoire tourne autour de ce terrible et sympathique truand, sans doute un des meilleurs personnages de pirates jamais inventé. Sans être un chef d'oeuvre, l'île au trésor produit par Disney (la premier film sans animation produit par Walt) est une adaptation fidèle et soigneuse, avec son lot de joies, de surprises et de terreurs.






25 octobre 2017

Le crabe-tambour – Pierre Schoendoerffer

On ne parle pas sur ma passerelle, sauf pour raison de service
Dans la carrée d'un navire de la marine nationale, vers 1975, des hommes échangent des histoires sur un officier qu'ils ont bien connu : Willsdorff, alias le crabe-tambour. Les vagues balaient le pont avant du navire, l'ambiance austère à bord est presque monacale, de grandes gerbes d'écume s'abattent sur les canons et la tourelle de l'escorteur d'escadreen mission d'assistance à la pêche (une pratique remontant à l'ancien régime) et le portrait de Willsdorff se dessine dans les récits et les souvenirs, ponctués des anecdotes bretonnes macabres du chef-mécanicien. On voit apparaître l'histoire récente de la France, les guerres de décolonisation au Vietnam, la guerre d'Algérie, le putsch des généraux... Cette construction de récits emboîtés au fil des souvenirs est menée avec une grande élégance. Film de militaires, film qui parle de la guerre, le crabe-tambour ne comporte pas beaucoup de scènes d'action ou de violence (même si le souvenir des combats est toujours là). On y voit des hommes qui parlent, boivent et surtout travaillent. La mer, les navires et les marins y sonnent vrai. Le comportement des uns et des autres ne s'explique pas entièrement, les gens ont leurs secrets et les explications qu'ils donnent de ce qu'ils ont fait... valent ce qu'elles valent.



Jean Rochefort est très bon dans le rôle du vieux commandant pas drôle du tout, les autres acteurs (Perrin, Rich, Dufilho que je découvrais) sont à la hauteur. Un très beau film.



On achètera une jonque et on rentrera à la voile ; quatre mois de mer. Après ça ira mieux.

24 octobre 2017

L'espionne du roi soleil - Annie Pietri

Maintenant, Rosa et Marguerite choisissent toutes seules leurs livres. Je me dis en tant que parent que je devrais lire ce qu'elles lisent pour le partager avec elles, mais j'ai pris pas mal de retard, qu'à ce stade je ne rattraperai jamais. Par exemple, les deux ont lu un paquet de tomes de la fantasy animalière d'Erin Hunter (la guerre des clans) et, dans un genre différent, Rosa a un vrai goût pour les versailleries d'Ancien Régime, dont elle m'a prêté un exemple durant les dernières vacances: l'espionne du Roi-Soleil, d'Annie Pietri.

Dans ce roman, nous faisons donc la connaissance d'Alix de Maison Dieu qui, en plus d'avoir un nom qui envoie du bois, est une jeune fille audacieuse, très noble, très jolie, qui ajoute à tout ça le fait d'être une escrimeuse et une cavalière accomplie (merci les leçons du grand frère). Mais voilà que son papa meurt, que sa jumelle adorée part au couvent et que son oncle maléfique tourmente sa pauvre mère (la forçant à manger sa dot pour financer la préparation de leur hôtel particulier de Versailles ! Quelle horreur !).
Dans l'espionne..., on aura des complots, des empoisonnements, des dettes de jeu, un passage par la Bastille, une lettre secrète cachée quelque part, un Roi-Soleil, une belle favorite, un perroquet... L'intrigue est dans le registre du mystère mélodramatique Grand Siècle, avec un twist final plutôt rigolo. C'est écrit vivement, l'autrice (j'essaie le terme) a une étagère longue comme un autobus de documentation sur le château de Versailles dont elle joue avec assez de légèreté. Quelques scènes sont très jolies (la scène du jeu, la lettre à la sœur enfermée...), d'autres étonnamment violentes (le méchant cogne fort sur la pauvre servante). Ca reste une littérature assez formatée, pas provocatrice pour un sou, mais amusante et bien faite.

Curieusement, au milieu de ce roman assez dense, se trouve un étrange passage où une pleine séquence de déguisement-infiltration-enquête-action au milieu du bas peuple (mais oui !) est maladroitement expédiée en un seul chapitre. L'éditrice/teur a demandé de couper pour alléger le roman de peur de charger les "jeunes lecteurs" ? Ou bien les auberges mal famées sentaient-elles moins bon que les allées de Versailles ?

23 octobre 2017

Au seuil du monde - Nathanael Dupré de la Tour

Dans ce petit livre, l'auteur-narrateur, un de ces cadres pressés de La Défense, partage les pensées qui l'habitent au retour de ses séjours au monastère de M., en Champagne, dont le prieur est un vieil ami.  
Le style imagé du texte cherche à approcher la compréhension d'un mystère : quel sens y a-t-il de nos jours à se maintenir "au seuil du monde", à vivre de travail et de prière, à s'engager à vie dans une communauté aux règles strictes basées sur l'antique et belle règle de saint Benoît ?
L'auteur tente de répondre à travers différents thèmes, traités sans ordre apparent : le travail, la prière, la chair, la charité. 
Toute personne curieuse du sujet et ayant une connaissance minimale du Christianisme pourra peut-être trouver là  des éléments stimulant sa pensée. Les autres risqueraient d’être troublés par l’apparent absence d’ordre du livre.

Curieusement, la partie la plus intéressante du livre est le "portrait du gyrovague", portrait sous un angle catholique du cadre hyper-connecté. La description de la jouissance à sentir sous ses pieds la moquette du bureau à cinq heures du matin est très juste. Les personnes ayant apprécié CLEER y retrouveront des sensations familières. Ceux qui parfois se droguent au travail corporate y apprendront à mettre des mots sur leur came. 
Reste un très curieux petit livre, ni roman, ni essai, à l'écriture très poétique et souvent brillante. J'aurais aimé qu'à partir de toutes ces impressions et ces pensées, l'auteur construise une fiction.

05 octobre 2017

Le train sifflera trois fois - Fred Zinnemann

Alors le marshall Kane se marie et s'apprête à quitter la ville, mais il apprend qu'à midi Miller sera de retour. Miller, qu'il a fait condamner et qui vient se venger et que trois copains sont venus attendre en picolant et en jouant de l'harmonica, et qui viendront l'aider à descendre Kane. Kane devrait s'en aller loin, loin, loin des ennuis mais une sorte de sens du devoir le pousse à rester, contre l'avis des habitants de la ville, contre l'avis de sa toute jeune et charmante épouse, contre tout bon sens.


Cecci et moi regardons quelques westerns classiques que nous ne connaissions pas, et celui-ci en faisait partie. C'est un classique pour une bonne raison: c'est super bien. Filmé au millimètre, avec une ambiance étrange, une histoire très simple et très forte (et très noire), et très bien joué par Gary Cooper, avec de beaux et surprenants seconds rôles féminins (une belle femme d'affaire mexicaine qui n'est pas un objet érotique dans un film des années 50... Pas mal).




04 octobre 2017

Point du jour - Léo Henry

Commençons par déclarer nos conflits d'intérêts : Léo est un ami et son travail m'intéresse depuis longtemps.
J'ai beaucoup aimé Point du jour, son dernier livre paru, aux éditions Scylla. Il s'agit d'une collection de récits, souvent très courts, gravitant autour d'une novella, la balade de Gin et Bobi. Des chroniques d'êtres déglingués dans le monde déglingué de Point du jour, une ville-univers spongieuse, envahie de flotte et de moisissures, coulée sous les précipitations, une sorte de bidonville confus et post-exotique aux liens bizarres avec notre monde, où on trouve des hommes aux comportements animaux, des personnages de western, une chaîne de motels assez réconfortante, des aléas climatiques qui usent le système et des alcools familiers. Léo y distille ses histoires dans une langue souvent drôle, à la fois familière et savante, et on croit souvent entendre en fond la voix haut-perchée et les accords plaqués de guitare de vieux blues des années 20. Ce sont des histoires bluesy, en vérité, avec des gens cassés racontant leurs drames avec humour, traversées par quelques personnages récurrents et attachants : Gin, la fille-lombric, Marie-Jeanne la factrice, Ishmaël le conteur un peu foireux et surtout la sculpturale Bobi, tueuse aux longues nattes, qui passe à travers Point du jour comme une lame aiguisée à travers les chairs.
Point du jour est un livre libre, dans sa forme, son univers, sa langue. De toutes les bouquins de Léo, peut-être le plus personnel.
A lire en buvant un rye ! 

Ceux qui aiment les nouvelles par email, du même Léo H. : vous aimerez !
Ceux qui aiment les textes autour de Yirminadingrad : oubliez toute prétention à coller à l'histoire du monde-tel-qu'on-le-connaît. Et vous aimerez aussi.
Ceux qui n'aiment pas imaginer pour boucher les creux entre les histoires, ni se perdre dans des univers poético-bizarres où tout n'est pas clairement expliqué, vous pourriez être largués. Pourriez. Buvez un coup, suivez les traces de Bobi, elle s'en sort à tous les coups.



03 octobre 2017

L'arbre à bouteilles – Joe R. Lansdale

C'est mon deuxième livre de Lansdale de sa série Hap et Leonard et il est aussi bien, voire encore mieux, que le premier. Donc Leonard hérite une baraque de son vieil oncle, juste à côté de la maison de fumeurs de crack, et on découvre quelque chose sous le plancher de la maison: un cadavre d'enfant et une collection démente de bons de réduction pour les magasins du coin...
Le roman parle de la vie dans les quartiers Noirs de villes pourries du Texas, de vieilles descendantes d'esclaves qui cuisinent des tartes délicieuses, de la police qui n'en peut mais, d'une belle avocate ambitieuse, gênée dans sa carrière à la fois par son genre et sa couleur de peau... Ca vanne à tout bout de champ, l'intrigue policière est bien tordue, il y a des morts, des scènes bizarres, des moments cools à boire de la bière en regardant un film, entre copains, tandis que la pluie torrentielle martèle le toit de la vieille maison.

02 octobre 2017

Knie 2017

Voici mon billet marronnier : le froid arrive sur la Suisse romande, c'est le temps de la foire aux livres et des 24 heures de lecture à Romainmôtier et celui des premières soupes à la courge, et le moment où le cirque Knie passe dans la région. Chapiteau géant, affiches partout, caravane de dizaines de camions, transportant des centaines de personnes et d'animaux, Knie est comme une vague de paillettes et de spots colorés traversant la Suisse sur un trajet comme un manège, durant toute l'année et passant près de chez vous toujours vers la même période, une sorte de phénomène naturel, inévitable.


Nous sommes allés voir le spectacle, Waow, Rosa, Marguerite et moi et avons passé un très bon moment, avec les belles danseuses-acrobates de la troupe Bingo, le clown Housh-ma-Housh, le comique Cesar Dias avec son joli personnage de séducteur gominé et une scène de chanson déglinguée très marrante. Comme c'était Knie, il y avait de très beaux chevaux, une petite fille en scène avec un poney tellement mignon, un numéro d'enfants avec des chèvres que les filles ont adoré (je ne suis pas trop preneur de ces fantaisies fermières), une mise en scène de leurs chameaux de Gobi, mais aussi un tout jeune homme dans un très beau numéro de poste hongroise, avec deux chevaux noirs et dix chevaux blancs, qui a été un des clous du spectacle. Pour le reste, c'était du très bon niveau, mais du classique : Michael Ferreri sur un numéro virtuose de jonglage avec de petites balles blanches  , un duo sur patins à roulettes tournoyant sur une plate-forme à trois mètres du sol (flippant...), deux numéros d'aériens assez kitsch : Jason Brügger en néo-Icare tout de blanc vêtu, et, dans une mise en scène bateau de très belles figures de sangles aérienne en couple par Valeriy Sychev et Ekaterina Stepanova. Jusque là on est dans du cirque international très classique, très technique, bien exécuté (waow !) mais sans aspérités particulières, ni dans le mauvais goût, ni dans l'émotion.

Deux numéros sont selon moi vraiment sortis du lot : celui de trampoline des frères Errani, par son énergie, sa musique, son rythme et la capacité de ces artistes de se renouveler tout le temps (ils font partie des permanents de Knie). Ce numéro de frimeurs ritals souriants et bondissants était très classique, mais réalisé avec joie et amour, et le trampoline est un agrès qui permet des effets circassiens très étranges de suspension aérienne (j'ai une hypothèse intérieure, mal formulée, qui dit que la beauté du cirque tient à des immobilités étranges dans des formes sans cesse en mouvement - comme les balles du jongleurs qui paraissent suspendues dans la lumière des spots quand le mouvement devient régulier).
Le plus grand waow du spectacle, c'est la troupe Xinjiang, dans un numéro de pyramides humaines ahurissant, et surtout, dans une improbable composition graphique et physique à base de lassos, un très grand moment de cirque.