21 août 2017

Le déchronologue - Stéphane Beauverger

Le capitaine Henri Villon est un corsaire des Caraïbes au XVIIème siècle. Notre XVIIème siècle ? Pas exactement : dans les Caraïbes de Villon, on fait trafic de merveilles, d'étranges objets venus d'autres temps. Lampes, aspirine, piles, walkmans, pistolets voire plus dangereux encore. Pourquoi ces troubles temporels ? Qui sont les mystérieux Targuis qui paraissent survoler la région ? On ne le saura pas vraiment, mais le lecteur habitué de SF se fera vite sa propre idée.
La grande force de ce roman est d'avoir planté son point de vue dans l'esprit du XVIIème siècle. Pas de point de vue distancié ni moqueur, on est avec Villon, on voit tout à travers lui et à travers une langue riche et un peu baroque, dans l'esprit du temps, une grande réussite.
Les chapitres du roman nous sont livrés dans le désordre, à la façon de feuillets éparpillés ramassés sur le sol et à l'image des troubles temporels décrits par le récit. Ainsi le lecteur passe son temps à se poser des questions et à tenter de reconstituer les détails de l'intrigue, ce qui fait un jeu amusant (mais un peu vain). L'effet de trouble et de répétition crée aussi une illusion étrange, comme si à chaque chapitre on voyait un éternel capitaine Villon entrer au bord sur son navire noir, au son des chansons déversées par les hauts-parleurs installés sur le pont de son navire, faisant de lui une sorte de protagoniste éternel et fatigué des misères du monde.
Cette présentation en désordre, si elle propose les effets les plus intéressants du roman, est aussi sa principale faiblesse. Au vu de la logique du récit, rien ne la justifie, sinon le plaisir de l'auteur de jouer avec le lecteur (à la façon de l'usage des armes, de Iain Banks). Que cette limitation ne vous empêche en rien de vous plonger dans l'époque romantique et tourmentée du capitaine Villon. On s'y bat, on y meurt, on y voit des merveilles, on y boit du tafia ! (pas toujours dans cet ordre, évidemment)

18 août 2017

Noces de crime – Dorothy Sayers

J'écris ce billet avec émotion car Noces de crime sera probablement notre dernier Lord Peter lu avec Cecci. Pour la simple et bonne raison que nous avons lu tous les romans de cette série parus en français, à l'exception de Gaudy night (qui est un peu spécial, j'espère en parler plus tard) et des neuf tailleurs, introuvable, et c'est bien dommage ! C'est peu dire que cette série nous aura charmés !
Cela faisait six ans que Lord Peter demandait Harriet Vane en mariage, elle a fini par accepter. L'hilarant prologue du roman (prothalamion, pardon), raconte le mariage à travers les points de vue croisés d'une série de personnages récurrents : l'horrible Helen, belle-sœur de Peter, l'incroyable duchesse douairière de Denver (maman de Peter) et Mervyn Bunter lui-même écrivant à sa vieille maman à lui. Bref, Peter et Harriet se marient et s'enfuient loin des journalistes dans le beau cottage Tudor qu'ils ont acquis à la campagne dans des circonstances rocambolesques. Le début du roman tient alors de la pure comédie de moeurs, avec le couple marié arrivant dans la maison où rien n'est prêt dans leur superbe Daimler, sur le siège arrière de laquelle reposent, dans un édredon, deux douzaines et demi de bouteilles de vieux porto de sa Seigneurie (ils n'en boiront pas, vous verrez bien pourquoi). On comprend vite que l'absence d'un des personnages locaux est louche, mais il faut bien cinq ou six chapitres pour que, enfin, le corps soit découvert. Et Lord Peter soupire: il va falloir chercher des traces, croiser des alibis, considérer les heures, tout ça en plein voyage de noces. L'enquête s'ajoute à la comédie amoureuse, dans laquelle des éléments plus graves viennent se glisser. Alors que les personnages de cette intrigue campagnarde se révèlent peu à peu, le ton du roman change, jusqu'à des scènes d'une grande cruauté (psychologique), mettant en scène, une nouvelle fois, un de ces personnages de femme que Dorothy Sayers sait si bien dépeindre, une vieille fille triste et solitaire telle que la société de l'époque pouvait engendrer, le tout jusqu'à la résolution finale de l'énigme, très élégante, saupoudrée de méta-réflexions sur le roman policier. La scène de la résolution et de l'explication finale est un attendu de tout roman à énigmes et toujours difficile à mener. Ici, elle est littérairement brillante, menée par une Dorothy Sayers au sommet de son art.

Cette dizaine de romans de Dorothy Sayers mettant en scène Lord Peter Wimsey forment une œuvre étonnante. A la fois pure distraction (ce sont des whodunnit, et parfois howdunnit), chronique sociale juste, drôle et cruelle et méta-écriture sur le roman policier. Les romans sont bien sûr inégaux, mais plusieurs d'entre eux sont excellents, et les tours de force littéraires y sont nombreux. 

Peut-être aussi ces romans me touchent ils particulièrement parce qu'ils sont traversés par le rêve, sous la forme de Peter Wimsey, l'aristocrate idéal, merveilleusement éduqué, lettré, riche sans mesure, dont la fortune dépensée avec charme a soulagé l'auteure dans ses périodes de vaches maigres. Un être fée qui se révèle quasiment tel quel lors de l'épilogue de ce dernier roman quand enfin il emmène Harriet Vane (le double explicite de l'auteure) dans le château de conte de fées de Duke's Denver.
Il y a là, dans ce doux usage de la littérature par l'auteure et le lecteur, quelque chose qui me bouleverse.




17 août 2017

Les hors la loi de l'Atlantique – Marcus Rediker

Dans cet essai, l'historien américain Marius Rediker s'intéresse à la société atlantique, du 17ème au 19ème siècles. Une société de marins, d'esclaves soumis ou révoltés, de pirates. Partisan d'une histoire par en bas, Rediker structure son livre à partir d'une demi douzaine de récits, chacun consacré à un aspect particulier du monde atlantique: l'incroyable témoignage écrit (et illustré !) du "pauvre marin" Edward Barlow, le récit de Henry Pittman qui a très fortement inspiré celui de Robinson Crusoé (avec des différences intéressantes : Pittman n'est jamais seul, Crusoé l'est tout de temps – qu'a voulu nous signifier Defoe par ce point ?). Un chapitre passionnant est consacré aux sociétés de pirates, à leurs lois, leurs valeurs et leurs codes, qui m'a fait comprendre un peu ce monde de révolte, de vengeance et de justice. Un autre chapitre est consacré au rôle des marins dans la révolution américaine (à l'influence des idées venues de la mer – et à leur recul), un autre encore parle des révoltes d'esclaves à bord des navires négriers (comment les réussir, comment les éviter, commet les mater) et un dernier à la passionnante affaire de l'Amistad, ce "navire de pirates noirs" et à l'incroyable récupération médiatique à laquelle il a donné lieu des les jours mêmes qui ont suivi sa découverte, en 1839.
Le livre est une collection d'articles, rassemblés et révisés, et n'échappe pas aux défauts de ce genre d'ouvrage (on passe de l'analyse d'un témoignage individuel à une synthèse générale sur les évènements de la révolution américaine, par exemple). Ils sont tous intéressants à leur niveau et donnent envie de se tourner vers les sources. 
Rediker veut faire de l'histoire par en bas, donnant la voix aux simples marins, aux exécutants, aux esclaves et aux persécutés et il est tout à fait convaincant dans sa démarche. Une de ses thèses est que notre vision terra-centrée nous empêche de voir la société des marins, dont il fait la matrice à la fois du capitalisme contemporain (libre échange à tout crin basé sur le meilleur de la technologie de l'époque – le grand navire à voiles), du salariat, des luttes sociales, des utopies. Il montre l'importance des récits de marins dans la formation de l'imaginaire de leur temps. Les amateurs de voiliers et de pirates, dont je suis, se régaleront ! 

Un article de mediapart qui détaille bien mieux que moi le contenu et les idées du livre (je l'envoie volontiers aux non-abonnés) : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/260517/quand-l-histoire-prend-le-large?onglet=full

04 août 2017

Fantastic Mr Fox au Lyric Hammersmith

Lors d'un séjour à Londres, nous sommes allés voir notre première comédie musicale. Bien sûr, nous sommes relativement familiers du genre via le cinéma, mais nous n'avions jamais eu l'occasion d'en voir sur scène. C'est chose faite.



Notre choix s'est porté sur Fantastic Mr Fox, parce que nous sortions avec les enfants, qu'elles connaissaient l'histoire et que ça ne se jouait pas très loin du lieu où nous logions. Je me permets de rappeler l'histoire, pour ceux de mes lecteurs qui ne font pas partie des fans de l'immense Roald Dahl : trois gros fermiers picoleurs, sales et vulgaires élèvent des poules et des canards. Mr Fox défie régulièrement leurs défenses et vole chez eux de quoi nourrir sa famille. Mais un jour, les fermiers lui tendent un piège, repèrent sa cachette et attaquent la colline à la pelleteuse. Il n'y a plus qu'une seule solution pour les animaux traqués, "Dig for your life !", jusqu'à une fin bizarre et heureuse comme seule pouvait la concevoir le Willy Wonka des livres pour enfants.




J'avais bien sûr en tête la très curieuse adaptation de l'histoire par Wes Anderson. On est ici dans une version bien plus fidèle au récit d'origine, malgré quelques créations de personnages et ajouts narratifs amusants. La comédie musicale de ce type est un équivalent pour le spectacle vivant du film hollywoodien pour le cinéma en général. Plein de pognon, des acteurs énergiques qui savent tout faire (jouer, chanter, danser) et des décors énormes et compliqués. Certes, c'est très formaté (narration très codifiée, dialogues avec blagues pour les adultes, personnages de faire-valoir un peu absurdes, etc.), mais quand c'est bien fait, ça donne un spectacle très agréable, ce qui a été le cas pour nous. On a admiré la pêche des acteurs, profité de la musique live sur scène, rigolé aux costumes et aux scènes d'actions burlesques et profité de chansons plutôt bien écrites. Détail rigolo, le spectacle adopte tous les codes du film de casse, ce qui dynamise bien la narration.



Le scénario, bien fait, fait de Fox un trentenaire qui se remet en questions (un peu comme chez Wes Anderson, en moins approfondi), les personnages de sa famille sont très bien posés. Et les adaptateurs se sont créés deux moments de grâce, un dans chaque acte. Dans le premier, la scène du "casse raté" complètement délirante. Et dans le second, la scène dansée et chantée où les fermiers essaient de se transformer en renard, qui emmène le spectacle dans une direction surprenante.

Et le Lyric est une jolie salle, au personnel charmant.
Bref, une belle sortie londonienne.




03 août 2017

Dunkerque – Christopher Nolan

Chaque été, c'est la même chose : les enfants étant en vacances, les parents se souviennent qu'il existe une distraction de masse qui s'appelle "cinéma", un peu comme de regarder un film à la maison, sauf que ça coûte plus cher, que l'image et le son sont meilleurs et qu'on ne peut pas mettre sur pause.
Donc nous sommes allés voir Dunkerque, un film d'été rafraîchissant vu que ses personnages passent une bonne partie de leur temps à faire du bateau ou bien à nager dans une mer pas trop trop chaude malgré le mois de juin. Ce n'était pas mal.



Les gens intéressés par la narration (déformation personnelle) trouveront dans ce film de quoi réfléchir. Dunkerque, on le saura sans doute déjà en lisant cette chronique, raconte de manière très subjective les moments les plus forts de l'opération dynamo, qui a vu les Anglais tenter de ramener sur leur île une énorme armée coincée sur une bande de terrain le long de la mer du Nord. Le découpage se concentre sur un petit nombre de personnages et sur trois lignes ayant chacune un rythme temporel très différent. La manière dont ces lignes s'entrecroisent et se rejoignent offre une stimulation toute particulière au spectateur curieux. A travers un récit de survie, très simple (le personnage principal qui n'a pas de nom et à peine de dialogues, fait tout ce qu'il peut pour quitter cette maudite plage et rejoindre l'Angleterre), on plonge en immersion (parfois forcée) dans un monde de machines, d'explosions, de foules en attente, de casques, de vagues, de mitraillages. Violent, affreux et curieusement contemplatif, avec une musique obsédante et réussie de Hans Zimmer.



Il y a par ailleurs en moi un petit garçon qui aime regarder voler des Supermarine Spitfire. Il a été servi. Par ce fait, et par les ambiances presque surréalistes qui le traversent, Dunkerque a rejoint par moment l'atmosphère étrange de certains romans de Christopher Priest, dont on connaît les obsessions pour la seconde guerre mondiale et les appareils volants. Tout ça nous a bien plu.





15 juin 2017

Allmen et le diamant rose - Martin Suter

De Martin Suter, j'avais lu il y a quelques années le très bon Small world, roman-thriller sur la maladie d'Alzheimer. Je découvre que Suter s'est créé un héros récurrent, Allmen ("All men" ?), dandy très Vieille Europe installé à Zürich, menant des enquêtes dans le beau monde pour retrouver des objets précieux disparus. Dans cette histoire, notre héros part à la recherche d'un informaticien russe supposé avoir volé un fameux "diamant rose". L'enquête se fera dans la région de Zürich, à Londres ou dans un hôtel de luxe au bord de la Baltique. L'histoire est amusante, courte avec quelques rebondissements amusants, mais elle vaut surtout pour ses personnages: Johann Friedrich von Allmen, sorte de Lord Peter tombé dans la dèche mais refusant de renoncer à son style de vie, Carlos sont valet guatémaltèque immigré clandestin, plus les différents espions, amis, relations de ceux-ci.
Ce roman-ci est moins ambitieux que Small world, mais comme dans ce dernier la peinture de la Suisse moderne est plutôt bien vue. Si je tombe sur un autre volume de la série, je le lirai avec plaisir. Ce Martin Suter est un malin.

13 juin 2017

Compte-rendu du "Rejeton d'Azathoth" – Partie 1

Thro’ the ghoul-guarded gateways of slumber, 
Past the wan-moon’d abysses of night,
I have liv’d o’er my lives without number,
I have sounded all things with my sight;
And I struggle and shriek ere the daybreak, being driven to madness with fright.
(Nemesis, H.P. Lovecraft)

Suite à mon billet du mois de mars sur « comment faire jouer le rejeton d'Azathoth », voici un petit compte-rendu de partie. Si les vieilles histoires de rôlistes racontant leurs aventures au coin du feu ne vous intéressent pas, vous pouvez passer ce billet et aller lire une nouvelle fois des articles sur les résultats des législatives. Ah oui, et il y aura des spoilers : si vous avez l’intention de jouer cette campagne, retournez sur lefigaro.fr, vous y serez moins exposés aux radiations.

Il fallait donc lier les personnages au professeur Baxter. Laissez-moi vous présenter mademoiselle Olga Filipovna Passelova Baxter, jeune héritière de moins de vingt-cinq ans, engagée politiquement (sympathisante socialiste), ayant quitté la Sainte Russie pour rejoindre son père car la police tsariste s’intéresse un peu trop à elle et à ses amis. Et, avec elle, Mr Abraham J. Munroe, PhD en archéologie (Arkham University, folklore et géographie), qui se prépare une carrière à la Brown University et qui est parrainé pour cela pour le professeur Baxter, un homme respectable, certes, mais dont les travaux un peu datés attirent les moqueries de certains collègues.
Avec eux, on trouvera aussi mademoiselle Adèle Bergier, dame de compagnie anglo-suisse, originaire du canton de Neuchâtel, et Volodia, serviteur fidèle doté d’une longue barbe, d’une tunique de moujik et d’un fusil.

Avant propos : New York
Le Pr. Baxter aimerait que sa fille juge des qualités du jeune Monroe pour bénéficier d’une bourse du fond Passelov-Baxter. Monroe est donc chargé d’aller accueillir Olga à l’arrivée du paquebot venant de France. Olga pourra ainsi assister à une conférence de Monroe. Une nuit, Olga est réveillée en sursaut par la visite d’un spectre… Son propre père. Un coup de téléphone à Providence depuis le lobby de l’hôtel de luxe où elle est descendue lui apprend que son père (qu’elle n’avait pas encore retrouvé) est décédé.

Providence
La mort d’un professeur d’université est bien sûr une affaire un peu solennelle. Mais enfin, il s’agit simplement d’un accident cardiaque, pas de quoi en faire un plat… Jusqu’à l’arrivée de l’héritière russe, et riche, du défunt. Qui, après avoir sympathisé avec la vieille Angela, décide de donner des funérailles dignes à son père. Le corps est rapatrié depuis l’établissement de pompes funèbres et établi dans une chapelle ardente orthodoxe dans la maison. Une journée de mémoire en l’honneur des travaux du défunt est organisée à l’université, et Monroe se retrouve à devoir babysitter et canaliser l’éruptive héritière. 
A l’époque, personne ne soupçonne rien quant à la cause du décès, le corps n’est pas réellement examiné, il est juste embaumé avec soin et disposé dans une chambre de la maison. L’enterrement a lieu,  en présence unique d’Emmett Baxter dont la femme déteste la Russe folle qui vient tout bouleverser. Monroe et Olga commencent à parcourir le fouillis de papiers du professeur, mais sans guide il est difficile de s’y retrouver… Et où sont Cynthia et Colin ? Et pourquoi Dmitri Passelov ne revient-il pas du Montana ?
Le jour de l’enterrement, Angela ne se réveille pas. Volodia grogne qu’il y a vraiment trop d’araignées dans cette maison… L’enquête menée avec l’aide de spécialistes finit par identifier une morsure d’araignée ! Volodia plâtre les fissures dans les boiseries de la vieille maison et explore et fouille. Un combat épique dans le grenier, et on vient à bout du monstre qui s’y cachait, dont on comprend bien vite qu’il a été envoyé depuis les îles Andaman…La bête ayant été capturée vivante (un spécimen anormal de mygale géante indienne) est envoyée au vivarium de l'université.


Pendant ce temps, Julian Baxter, frère du défunt et clergyman angoissé, finit par avouer avoir depuis des années fourni des narcotiques à son frère.
A la lecture du testament, Olga et Emmett se voient remettre le carnet de rêves de leur père et la carte. Le carnet de rêve fait écho avec un souvenir d’enfance d’Olga où elle se souvient avoir joué avec ses frères et soeurs dans le jardin du sphinx, quelque part en Europe ? Emmett s’en souvient vaguement, mais ça devait être ailleurs, vu qu’il n’a jamais quitté les Etats-Unis…
La journée universitaire en mémoire du professeur Baxter voir l’intervention pondérée de quelques personnalités qui restituent l’homme et son travail, mais aussi une belle intervention de Monroe pondue à la hâte (qui montre à Olga combien l’homme – dont elle persiste à considérer la collaboration comme acquise – est un scientifique sérieux). En conclusion, le professeur Wilson livre une conférence étrange sur un thème liant l’astronomie et l’araignée mythique Atlach-Nata et révélant que les étoiles sont animées d’un esprit… Les beaux esprits sourient devant ce quasi-suicide universitaire en direct. Enfin, peut-être que tout cela sera oublié dans quelques semaines quand l'émotion sera retombée.
Heureusement, Angela reprend conscience, mais un soupçon émerge chez Olga : son père était-il vraiment mort quand le docteur Walters a signifié le permis d’inhumer ?
Peu de temps après, Wilson disparaît en voyage vers la Russie, confiant à Monroe, avec une hésitation, la curation des archives Baxter. Le professeur Brandt, de l’université Brown en profite pour charger Monroe de faire tous les caprices de l’héritière afin d’assurer dans le futur le financement de sa chaire par le fond financier russe…
Olga, qui a justement pu inspecter les comptes du fond Baxter Passelov, dont elle est devenue, par héritage, la responsable, constate que des sommes importantes ont été engagées pour construire un observatoire dans le Montana… Ou pour acheter un bateau en Floride !
Il est temps de clarifier ou de comprendre. Passelov a envoyé un mystérieux télégramme depuis le Montana, parlant d’une "découverte fantastique »… Nos héros s’embarquent donc pour un long voyage au cœur du continent américain.

12 juin 2017

Mieux vaut en rire – Roald Dahl

Je suis tombé dans une brocante sur cette collection de nouvelles pour adultes de Roald Dahl (dont la présence chez Gallimard jeunesse me laisse un peu sceptique). Ce sont douze histoires amusantes et grinçantes où s'exprime tout l'humour noir du fameux auteur pour enfants, écrites pour la plupart avant ses plus grand succès. Dans le premier récit (la grande grammatisatrice automatique), un programmeur informatique (on ne disait pas comme ça, à l'époque, mais la description est bien sentie) invente un programme pour écrire des nouvelles à proposer aux magazines – je suppose que le lien avec la situation professionnelle de Dahl à l'époque n'est pas fortuit – et les développements et la chute sont très rigolos. Dans d'autres récits, on rencontrera un faux clergyman collectionneur de meubles anciens, un magnat de la presse amateur d'art contemporain, un voleur de parapluies, deux gars fauchés montant une entreprise de vengeance à domicile et une très inquiétante logeuse (il me semble d'ailleurs avoir déjà entendu parler de ce récit, la logeuse, dont l'écriture toute en concision et sous-entendu est tout à fait remarquable). Ce sont quasiment toutes des nouvelles à chute, écrites avec une concision acérée, un humour cruel et ce sens très particulier de la moralité présent dans les récits pour enfants comme Charlie et la chocolaterie ou Sacrées sorcières. Si ces textes sont tous réussis à leur façon et montrent une autre facette du travail d'un auteur brillant, on me permettra de préférer ses oeuvres pour la jeunesse. Car dans cette dernière se déploient à la fois l'humour noir mais aussi une forme de fantaisie joyeuse et subversive capable de renverser les murs. Willy Wonka rulez !




09 juin 2017

Les marécages – Joe R. Lansdale

Harry, onze ans, vit avec sa famille dans une petite maison au bord des marécages de la Sabine, East Texas, dans les années 30. A l’époque le coin était infesté de tiques, de serpents, on n’avait pas encore drainé la région et construit des parkings et des zones industrielles. Jacob, le père de Harry, est fermier, coiffeur (pas très doué) et constable. A lui les enquêtes sur les incidents locaux, les faits divers, les meurtres de Noirs, ceux auxquels personne ne s’intéresse. Or, un jour, le jeune garçon découvre le cadavre d’une femme noire, hideusement mutilée…

J’ai lu ce roman en quelques heures sans pouvoir le reposer, ce qui est bon signe. L’enquête de Jacob, avec son fils sur les talons, n’est pas une mince affaire. Le simple fait d’autopsier les cadavres est loin d’être une évidence (quel médecin blanc avouerait avoir découpé le corps d'une Noire, au risque de perdre sa clientèle ?), et surtout on n’a pas trop le temps de s’occuper de ce genre d’affaires, entre les travaux domestiques, ceux de la ferme, le racisme ambiant, le Klan, la méfiance entre les races, etc…
Le roman évoque bien la vie dans les années 30, racontées à travers un Harry devenu vieux qui souligne la différence avec son temps. On sent que Lansdale aime cette région, ses paysages, ses habitants (il me semble que ses romans de Hap & Leonard se passent exactement dans le même coin) et il fait passer son amour du pays. L’intrigue est bien menée, intéressante, l’évocation réussie, bref, c’est un bon roman que je recommande. Les deux premiers chapitres, notamment, démarrent dans une évocation du passé, et partent d'une anecdote pour glisser dans une scène cruelle et une excursion terrifiante dans les marais. La classe.

Maintenant, quelques critiques plus techniques: il est évident que Lansdale s’est documenté, a reconstitué pour son petit théâtre mental la vie au Texas à l’époque… et ça se voit dans l’écriture. Trop de détails sont mentionnés « pour faire vrai », qui participent au décor mais pas à l’histoire. Le narrateur devenu vieux sent l’artifice. Beaucoup de personnages occupent des rôles qui vient à illustrer l’époque (la vieille Noire qui raconte des histoires, le petit commerçant membre du Klan, etc.) L’intrigue en est fait assez facile à démêler pour un lecteur habitué, et le scénario est tellement écrit qu’on dirait une de ces machines filmiques, où chaque détail à sa place et où, évidemment, la scène de fin va faire écho à la scène du début. Jusqu’aux points laissés dans l’ombre, car, le récit étant supposé être vrai, on ne peut avoir d’explications à tout. Le tout est très habilement fait, très sincère, mais j'ai vu les coutures, les traces du travail de l'artisan doué.


08 juin 2017

La souris qui rugissait - Jack Arnold

Le grand duché de Fenwick est un tout petit pays de 15 kilomètres carrés, situé entre la Cordillère des Andes et les Alpes autrichiennes, disposant d'une armée de vingtaine d'archers et produisant un pinot gris assez fameux. La grande duchesse y est jouée par Peter Sellers. Le premier ministre, comte de Mountjoy, est joué par Peter Sellers. Le grand connétable, garde-chasse, chef des armées, etc., Tully Bascombe, est aussi joué par Peter Sellers.


Quant aux raisons pour lesquelles le Fenwick déclare la guerre aux Etats-Unis... Disons  qu'elles reposent sur l'idée que tout pays vaincu par les Etats-Unis finit par bénéficier d'une sorte de Plan Marshall, et que les finances du Grand Duché ne sont pas très en très bon état.


La souris... est une comédie burlesque et absurde de 1959. Le film a une poésie particulière et est habité par son acteur principal (je ne vous redis pas qui). Les péripéties, entre alertes aériennes et bombes atomiques, reposent pas mal sur la situation géopolitique de l'époque, j'ai dû interrompre plusieurs fois le film pour en expliquer les détails aux enfants. C'est particulièrement idiot, bon enfant et rigolo. A noter qu'on y croise la très très belle Jean Seberg, dans un rôle un peu potiche, et que mes filles ont été choquées, à raison, quand elle se fait embrasser de force. 



La scène d'action finale, impliquant une vieille voiture, un général américain débile, une bombe atomique et un renard (notamment) est tout à fait réussie.
Pas un grand film mais un objet bizarre et rigolo que les Rosa et Marguerite ont bien aimé, merci à Gilles pour la découverte !







02 juin 2017

Le fauteuil hanté – Gaston Leroux

Le jour du discours de réception de Maxime d'Aulnay à l'Académie Française ce dernier tombe foudroyé en plein milieu de son éloge du précédent occupant, Mgr d'Abbeville. Mort naturelle ? Probablement. Mais quand on sait que quelques semaines auparavant, le poète Jehan Mortimar, lui aussi élu au fauteuil de Mgr d'Abbeville, est mort dans exactement les mêmes circonstances... La presse s'enflamme ! Qu'en sera-t-il du prochain élu ?
Le fauteuil hanté est un roman à mystère, mais c'est surtout une grosse blague potache, se moquant de l'Académie, de ses rituels, de la presse... L'histoire tient debout par pure force d'inertie, elle multiplie les faux mystères, les bourgeois idiots, les dialogues absurdes, le tout dans une langue assez rigolote.
Mais bon, l'écriture feuilletonne (c'est-à-dire tire à la ligne), les péripéties péripètent, le récit se moque et tout ça et ne m'intéresse pas beaucoup. Quant au pourquoi du comment de cette histoire, je me contenterai de dire qu'il faut toujours préférer le mystère à son explication.

29 mai 2017

Cinq fausses pistes (Lord Peter en Ecosse) - Dorothy Sayers

Notre première déception avec un roman de Lord Peter. Malgré quelques saillies intéressantes, nous avons trouvé cette histoire de bourgeois en vacances passant leur temps à pécher et à peindre (et à prendre le train à 07h34) particulièrement ennuyeuse. Mais nous l'avons lu dans l'édition du masque des années 50...
Les commentaires sur la version anglaise m'ont fait comprendre plusieurs choses:
- ce n'est pas, et de loin, le meilleur Lord Peter.
- l'auteure s'est amusée à retranscrire toute sortes d'accents écossais, que le traducteur a soigneusement ignorés (je me demande d'ailleurs comment il aurait pu faire autrement).
- le livre est normalement accompagné d'une carte et d'horaires de trains (si, si !). La VF n'en disposait pas.
- je me demande si, en plus, il n'y a pas eu des coupes.
D'où la ferme résolution de le relire à l'occasion en V.O., pour voir s'il est plus amusant ainsi.

Maintenant, appel aux bonnes âmes : je cherche noces de crimes et les neufs tailleurs. Si quelqu'un voulait s'en débarrasser et me les envoyer en Suisse (contre dédommagement !) il/elle deviendrait mon ami pour toujours.

23 mai 2017

Rogue One – Gareth Edwards

Dans une galaxie lointaine (très lointaine...), Jyn est une jeune femme douée pour la bagarre, récupérée par les gentils de rébellion pour aider à remonter les traces de son père, scientifique brillant travaillant pour l'Empire à la mise au point de l'Etoile de la mort. Elle va faire la connaissance du capitaine Cassian Endor, officier ambigu au service des rebelles, de son droïde caustique, d'un quasi jedi et de quelques autres casse-cous prêts à tout.


On a donc là un film de guerre (de résistance, pour être précis) avec séquences mélodramatiques, pseudo-mysticisme et plein de défauts : je ne parle pas de la crédibilité générale de l'univers de Star Wars et de ses conventions, celui-là on le prend ou on le laisse, mais particulièrement des personnages qui, au delà des deux ou trois acteurs principaux, ne sont que des silhouettes (je trouve le bonhomme-à-la-bonbonne-sur-le-dos particulièrement significatif – et insignifiant, tant le personnage est sous-développé. Il n'enlève pas son lance flammes quand il dort ? Ou bien faut-il le déclipser ?). Mais ce n'est pas un film comme un autre, car il s'insère dans une méta-oeuvre singulière qu'est l'univers de Star Wars, qui fait tellement partie de la culture de notre temps que des gamins de cinq ans dans les cours de récréation dès l'âge de cinq ans en connaissent les éléments sans avoir jamais vu le moindre film.



Au-delà des défauts, Marguerite (8 ans) et moi avons eu du plaisir à retrouver ces éléments caractéristiques (silhouettes de personnages et de vaisseaux, décors insolites et grandioses, visions de planètes et de lunes, droïdes, boucliers spatiaux, toute une très belle imagerie SF oldies, une sorte de féerie du futur) agencés de façon originale et nouvelle. On a accroché à cette héroïne teigneuse, à cette histoire de résistance à l'oppression par des rebelles plus ambigus qu'à l'accoutumée, à ces visions de destructions dantesques causées par la terrible arme des rebelles. Notre cœur a frémi quand la grande silhouette noire est apparue au son de la marche impériale, ou quand deux droïdes connus bavardaient au pied des X-Wing. On a pleuré à la fin.





Parmi les points qui m'ont plus particulièrement intéressé : les échos avec la seconde guerre mondiale et les actes de résistance, ou bien avec des situations de terrorisme (l'attaque du tank à Jedha dans une sorte de ville orientale est très évocatrice) ; le personnage de Cassian, qui porte une ambivalence intéressante, dommage qu'elle ne soit pas tenue tout du long. Et surtout l'étonnante construction de la fin du film, conçue pour enchaîner sur le début de l'épisode IV, A New Hope, filmé 40 ans plus tôt. La manière dont le récit fait apparaître des éléments scénaristiques et plastiques (silhouettes de soldats, du vaisseau, jusqu'à la silhouette en blanc qu'on aperçoit d'abord de dos...) pour brancher un film de 2016 sur un film de 1977 est tout à fait fascinante. Ce genre de construction artistique étonnante n'était possible que dans le contexte singulier de cet univers singulier. Rien que pour ça, le film, déjà très agréable, vaut le coup d'être regardé et ce, dès les premières images, quand une navette impériale glisse au-dessus d'un paysage verdoyant...





05 mai 2017

M.O.I. – à l'Echandole

Je savais que des pièces de théâtre de science-fiction existaient, mais je n’en avais jamais vues. M.O.I., monté par la compagnie Freckles, est une pièce de Sophie Pasquet Racine, auteure dramatique et actrice. 

 
Dans une cave, un abri anti-atomique (?), débarque une femme un peu perdue, qui tombe sur un homme intimidant et menaçant. On est un dans un futur post-cataclysmique, beaucoup sont morts, les eaux montent, le M.O.I a été mis en place pour réguler la vie des survivants.
La pièce prend la forme d’un interrogatoire, celui de la femme qui ne peut se résoudre à repartir, par l’homme qui veut connaître son secret. 
M.O.I. est une pièce à mystères, dont certaines clefs seront livrées. Il y sera question de doubles, d’identité, de sociétés oppressantes, de menaces, d’images, d’écritures. Elle n’est jamais théorique,  jamais allégorique, toujours incarnée. Ce n’est pas de la S.F. pour profs de français « qui veut dire que… » et « qui représente… ». Si on trouvera dans les motifs poétiques de la pièce des échos de situations contemporaines (oppressions policières, migrants noyés, relation aux choses, amours perdues…), les personnages ne représentent avant tout qu’eux-mêmes. 
 
 
 
M.O.I. ressort clairement de la science-fiction, dans le sens où c’est un récit qui ne pourrait pas fonctionner sans son élément science-fictif. De la S.F., elle reprend les principes de déstabilisation, de quête du sens, d’interrogation. Où sommes-nous ? Que s’est-il passé ? Qui sont ces gens ? Nous ne saurons pas tout, mais nous en saurons assez pour les comprendre, et peut-être pour les aimer. Le décalage et le mystère reposent avant tout sur la langue, l’expression des personnages, cette étrange infusion de vocabulaire venu de la danse (du tango) pour dire le destin des hommes. Pourquoi dit-on « danser » pour dire « mourir »? Pourquoi le cataclysme s’appelle-t-il « le Grand Amour »? Pourquoi la femme ne dit-elle jamais « je »?  
 
Les acteurs (Sophie Pasquet Racine et Pierric Tenthorey, tous les deux remarquables), sont soutenus par une mise en scène de plus en plus inventive comme la pièce avance, jouant sur les lumières et les ombres, les transparences et les opacités. Quelques projections très habiles, une séquence complètement folle utilisant du film d’animation, une inclusion de plus en plus forte de la musique construisent l’univers de cette histoire, jusqu’à une scène finale qui m’a bouleversé.
 
J’ai beaucoup aimé. On se place dans la suite d’une science-fiction politique, poétique et créative, dans la lignée d’Antoine Volodine, ou des oeuvres de Léo Henry et Jacques Mucchielli. Je n’aurais pas été surpris d’entendre parler de Yirminadingrad.

La pièce peut être vue à la date de publication de ce billet à Yverdon, puis en mai à Lausanne au théâtre 2.21. Allez-y !
Photos (c) Carole Parodi / Freckles
 
 

01 mai 2017

Poison violent - Dorothy Sayers

Harriet Vane est auteure de romans policiers. Elle a fait le tour des pharmacies pour se procurer toutes sortes de poisons mortels. En fait, elle prétend que c'était de la documentation pour un prochain roman... Mais quand le compagnon de miss Vane, qu'elle venait de quitter, meurt empoisonné, il ne faut pas longtemps à la justice pour mettre la main sur la coupable. 
Le roman commence aux assises, Lord Peter assiste au procès et il se trouve convaincu que miss Vane est innocente. D'autant plus convaincu qu'il est tombé amoureux d'elle.

Poison violent est encore une autre excellente enquête de Lord Peter. Du milieu littéraire à ce lui des artistes, des avoués compassés aux domestiques, on se promène beaucoup dans la société londonienne de 1930. Pendant toute la première moitié du roman, Lord Peter est nul et ne trouve rien, tant son amour naissant l'aveugle. Puis les choses se débloquent et...
On retrouvera miss Climpson (pour mon plus grand plaisir). Bunter sera un chimiste de choc. Il y aura des moments spirites... étonnants, et une très jolie intrigue.
Délicieux comme un thé à l'arsenic.


Les zoocrates – Thierry Besançon

Dans un musée d'histoire naturelle abandonné, quelque chose bouge au milieu des animaux empaillés. Des silhouettes blanches, prenant des attributs animaux (crinière de lion, cornes de gazelle, crête de la hyène...) qui viennent nous jouer, ou plutôt nous chanter cette histoire: comment le lion, trouvant usant l'exercice du pouvoir, décide de convoquer les animaux de la savane pour qu'ils élisent leur nouveau souverain, en bons zoocrates.
Ce sera sans compter sur les manigances de la hyène et celles du marabout qui exerçait le pouvoir en coulisse...



Les zoocrates est un opéra pour enfants, genre carrément bizarre quand on y pense. L'opéra (je ne parle pas de la comédie musicale) est une des formes les plus lourdes et compliquées qui soit : décors comme au théâtre, plus musique orchestrale, plus chant lyrique (sans micros évidemment), plus costumes et jeu d'acteur. 



Le spectacle que nous avons vu est tout à fait convainquant : léger, rigolo, enlevé, mené par Andrei Feher, un chef d'orchestre très en forme (que nous avons vu faire des grimaces pour soutenir les acteurs - oui, nous avions la chance d'être installés juste au-dessus de la fosse !). Le texte est amusant, les acteurs/chanteurs très bons avec une mention spéciale pour la hyène. Seule la mise en scène un peu plan-plan était un peu en dessous du reste, mais c'est faire la fine bouche. Et derrière un traitement très fantaisiste et enfantin, l'auditeur attentif pouvait trouver un sous-texte politique ou sexuel (ne fuyez pas, parents sages d'enfants sages, c'est bien caché, "comprend qui peut" !) carrément drôle.



Nous avons eu de plus la chance d'assister au musée de zoologie de Lausanne, une heure avant le spectacle, à une petite présentation sur la conservation animale et sur la construction du spectacle en collaboration avec le musée. Tout ça animé par des passionnés. Une excellente initiative ! Bienvenue en zoocratie !

Photos (c) M. Vanappelghem
il reste encore deux dates, les 3 et 5 mai.


25 avril 2017

Le vagabond des étoiles – Jack London

Quelles vies avons-nous vécues avant de connaître celle-ci ? Pourquoi sommes-nous incapables de nous en souvenir ? Existerait-il un moyen de forcer la mémoire à nous revenir ?
Darrell Standing a été condamné à la prison à vie. Enfermé dans les cachots de San Quentin, torturé par des gardiens sadiques et par un directeur incompétent. Standing est condamné à souffrir les horreurs de la camisole de force, qui compresse le corps, écrase les organes internes et crée une souffrance que rien ne vient soulager. Jusqu'à ce que, communiquant avec lui en cognant sur les murs des cachots de haute sécurité, un certain Ed Morrell lui glisse le secret de la mort temporaire, qui permet de s'échapper de son corps et de retrouver, en conscience, le souvenir de vies antérieures...
Le vagabond des étoiles (the Star rover) est un étrange roman, mais c'est avant tout une vigoureuse dénonciation, très politique, du système carcéral et des mauvais traitements qu'on y subit. Coups, tortures, soumission à l'arbitraire d'une direction hors de tout contrôle... London a basé son texte sur le témoignage d'un ex-prisonnier condamné au cachot, Ed Morrell. Il y déploie son art du conteur, dans un mélange de style journalistique et pamphlétaire. Et au-delà des tortures et des coups, il emmène le lecteur dans les vies intérieures (à lui de décider à quel point il s'agit d'une mémoire, à quel point d'une imagination) d'Ed Morrell/Darrell Standing, dans des récits qui sont autant de nouvelles mêlés à la trame générale du livre, qui nous emmèneront sur les mers ou bien dans la peau d'un enfant membre d'une troupe malheureuse de pionniers dans les années 1860...
Le vagabond est un double roman "à thèse", sur la condition carcérale et sur la métempsycose, ce qui n'aide pas à faire de la bonne littérature. A moins que l'auteur ne s'appelle Jack London, car parvient à partir d'une matière aussi difficile à construire un livre plein de souffle, de force et de colère, qui j'ai commencé un soir avec un peu de curiosité et que je n'ai pu lâcher avant de l'avoir fini. Torture des corps, luttes sociales, puissance de l'imaginaire et de la fiction...
Et le lecteur des littératures de genre ne manquera pas de rapprocher le thème du Vagabond et les récits de James Allison de Robert Howard. La mémoire des vies passées nous permet de nous souvenir d'aventures sanglantes et furieuses, remontant parfois avant les début de l'histoire humaine telle que nous la connaissons...

(Et il faut que je continue à lire du Jack London. Quel écrivain !)

17 avril 2017

Topkapi – Jules Dassin

Soient les années 60, couleurs acidulées, ambiance de fête foraine criarde. Soit un voyage à Istanbul, la dague du sultan ornée d'émeraudes magnifiques  gardée dans le palais/musée de Topkapi. Soit enfin une bande de voleurs très improbable. Les bijoux étincellent, les automates grincent, la police secrète turque (lunettes noires, fines moustaches) est sur le dents.
Topkapi est un film de casse, avec équipe bizarre (très foraine), rebondissements tordus et humour décalé. L'ambiance de cette histoire est unique, avec des acteurs bizarres (Melina Mercouri, Peter Ustinov...), pas du tout formatés - la variété des corps, des trognes, des faces dans ce film est stupéfiante. Le film est plastiquement étonnant, lumières et photos sont très réussies, on a beaucoup aimé l'ambiance particulière des lieux, entre la Grèce et Istanbul (dans mon souvenir, la Turquie y est bien mieux filmée que dans bons baisers de Russie, par exemple).


(oui, c'est Joe Dassin. Non, il ne chante pas.)





Le film se tient entre le bizarre, l'ironique et le wow. Et le casse tient toutes ses promesses.
(merci encore à David C !)

15 avril 2017

Network – Sydney Lumet

De temps en temps, on tombe sur un film  ancien vraiment génial dont on n'avait jamais entendu parler auparavant. Network en fait partie (merci David C. pour le conseil !).




On est donc dans les années 70, dans les locaux exécutifs d'une chaîne de télé aux audiences en berne, et le présentateur historique de la chaîne (brushing de cheveux blancs, voix posée) vient de se faire virer, et il le prend mal, au point de parler de se suicider sur le plateau. Il ne le fera pas, mais la nouvelle est tellement surprenante qu'elle attire les téléspectateurs et hop, l'audience remonte ! De quoi donner des idées aux hommes nouveaux et très dépourvus de scrupules qui veulent que la bête crache plus d'argent, d'autant que parmi ces hommes se trouve une femme, Diana Christensen (joué par Faye Dunaway, actrice que j'adore) qui est vraiment très, très... vous verrez en voyant le film.



Network est une satire violente qui ne nous paraît pas si satirique, vue depuis notre époque, juste sinistrement prophétique. C'est drôle, flippant, grinçant, très très bien écrit, très bien joué, du cinéma américain de grande classe, avec plein de scènes de bureaux, d'immeubles de verre, de réunions d'actionnaires, mais aussi des terroristes communistes, un prophète de l'apocalypse, du mysticisme corporate (ça ne vous rappelle rien?) et une étrange forme de démon aux yeux vides, entièrement façonné par la télévision.
I'm mad as Hell ! I can't stand it anymore !


14 avril 2017

Lune sanglante - James Ellroy

Je suis tombé sur cet Ellroy chez un bouquiniste. Et comme j'aime bien cet auteur (on l'aura vu ici, par exemple), je l'ai acheté.
On a donc, d'un côté, un tueur en série (très méchant et très habile). De l'autre, un flic un peu traumatisé mais tout à fait brillant, Lloyd Hopkins. Et comme terrain de jeu, Los Angeles, années 80. On va passer du point de vue de l'un au point de vue de l'autre. Il y aura de la corruption, des ambiances lourdes, des flics qui s'engueulent, un divorce, du sexe, de la drogue, de la corruption, on est chez Ellroy, on aura compris. L'ensemble donne un bon roman policier de flic courant après un assassin, mais pas un très bon roman, loin des chefs d'oeuvre que sont par exemple le Dahlia noir, ou le Grand nulle part. On reste dans un roman "ludique" (à sa façon horrible), un peu théorique, à l'exception de l'unique chapitre "historique", celui des  émeutes de Watts en 1965, qui est tout à fait brillant.
Par ailleurs, Ellroy est loin très loin d'être un féministe, or ce roman parle beaucoup de femmes, de féministes, d'homosexuelles, etc., avec une obsession assez lourde et un peu gênante. 
Bref, une lecture intéressante, un livre quand même pas mal, mais loin des œuvres majeures du même auteur.